« Vivre, cela signifie : repousser continuellement de soi quelque chose qui veut mourir. » Cette phrase extraite du Gai Savoir de Friedrich Nietzsche s’applique bien à la série américaine The Pitt, dont la troisième saison devrait atteindre nos écrans en janvier prochain. Dans le service des urgences d’un hôpital de Pittsburgh (Pennsylvanie), médecins, infirmières, infirmiers, psychologues, secrétaires, patients, tous sont confrontés à des situations extrêmes et doivent en même temps, gérer leurs propres démons. Tout en tenant la mort à distance.
La fin (même provisoire) d’une série peut parfois être une épreuve. On s’est attaché aux personnages, ils ont débarqué dans notre vie, on a envie de savoir ce qu’ils vont devenir. Les quitter est une épreuve, particulièrement dans le cas d’une série médicale comme The Pitt, littéralement « la fosse », un surnom que les employés ont donné aux urgences de l’hôpital de Pittsburgh où ils travaillent.
Quand les créateurs de The Pitt ont eu envie de donner une suite à Urgences, ils ont essuyé un refus des ayants droit du créateur de la série, Michael Crichton, et ont donc transféré l’action de Chicago à Pittsburgh et ont créé de nouveaux personnages. La série reste toutefois une héritière spirituelle d’Urgences.
En temps réel (chaque épisode correspond à une heure de la journée), à la manière de 24 Heures chrono, la série nous embarque de gré ou de force dans une suite ininterrompue de situations critiques, dramatiques, émouvantes, tout en préservant aussi un certain humour indispensable.
On y retrouve le côté ultra-réaliste d‘Urgences et une attention de chaque instant aux détails, encore accentuée maintenant par l’utilisation ponctuelle des images de synthèse. The Pitt se distingue sur un point : les réalisateurs utilisent très peu de musique. La comparaison avec son illustre prédécesseur est flagrante. Là où les émotions étaient appuyées, elles fonctionnent ici toutes seules. On constate également moins d’intrigues amoureuses que dans la série d’origine. Par contre, les problématiques sociétales sont tout autant abordées de front, dans leur matérialisation la plus critique : une question de vie ou de mort. On pense à ces familles séparées par la loi anti-immigration mise en place par l’administration Trump et à ses conséquences (études compromises, sacrifice financier des parents réduit à néant…), mais aussi à cette incursion d’agents ICE dans le service des urgences et, suite à une altercation, l’arrestation arbitraire d’un infirmier.
Chacune des deux saisons montre l’impact d’un événement majeur : une tuerie de masse dans la première, une cyberattaque dans la deuxième. D’autres thèmes sont abordés comme les violences sexuelles, la négligence parentale, les problématiques liées à la santé mentale, le dénuement financier qui pousse certains à refuser des soins pourtant indispensables. Ainsi que les problèmes financiers que rencontre l’hôpital lui-même, en perpétuel manque de personnel.
La série remplit également son rôle de vigie démocratique, comme quand un personnage rappelle au détour d’une scène qu’aux États-Unis, selon la loi EMTALA, qu’il soit immigré ou non, un patient a droit aux soins d’urgence.
Mené par le docteur Robinavitch (magnifique Noah Wyle), le casting est tout simplement fabuleux, qu’il s’agisse des acteurs débutants ou des plus aguerris. Notons l’apparition dans un épisode de l’excellent Brad Dourif, dont la fille, Fiona Dourif, incarne l’un des rôles principaux.
Récompensée par plusieurs prix, The Pitt est une série admirable grâce à ses nombreuses qualités, mais également par les interrogations qu’elle suscite. Au-delà du drame humain qui se joue à chaque heure de la série, l’enjeu au final est d’essayer d’accepter la mort, ce qui exige une certaine forme de masochisme. Comme le confesse un des personnages à la fin de la saison 2 : « J’aime être là pendant que les gens vivent leur pire journée. »
Vivement la suite.