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Light of my life. JC Manuceau
29/06/202629/06/2026

Joe Hisaishi électrise les arènes de Nîmes

L’émotion, le silence, l’écoute et la joie régnaient en majesté dimanche 28 juin 2026 aux arènes de Nîmes pour le concert de musique de film de Joe Hisaishi. Dans le cadre du festival musical de la ville, le compositeur était accompagné par l’Orchestre national Avignon-Provence, ainsi que par les chanteuses Janet Todd et Raphaële Lannadère, tout cela devant une assemblée de 13 000 spectateurs enthousiastes largement gagnés à sa cause (quelques vidéos à voir ici).

Si la plus grande partie de cette assemblée était là pour vibrer au son des BO des films de Hayao Miyazaki, il a fallu attendre la deuxième partie de soirée pour que celles-ci soient abordées. Le concert s’est ouvert sur un hommage à la collaboration la moins connue du compositeur, celle qui l’a vu mettre en musique sept films du réalisateur japonais Nobuhiko Ōbayashi (1938-2020), entre 1987 et 2012*.

Suite à cette brève introduction, le chef d’œuvre de 1926 de Buster Keaton, Le Mécano de la Générale, a bénéficié d’une longue suite symphonique, un condensé de la bande originale composée en 2004 pour la projection du film au Festival de Cannes. Ce principe de la condensation en suites symphoniques est la voie choisie par Hisaishi pour ses concerts, le compositeur faisant soit le choix de rester fidèle à l’original, soit celui d’explorer de nouvelles orchestrations.

Après un extrait du beau score du Petit Poucet (Olivier Dahan, 2001), la suite Takeshi Kitano nous a replongés avec délice dans l’ambiance tantôt ultra-violente, tantôt d’une grande douceur du cinéaste qui a connu une brève mais intense popularité en France dans les années 1990-2000. Manquait inexplicablement le joyau de cette période, L’Été de Kikujiro (1999), et c’est bien dommage.

Alors que la chaleur écrasante était un tant soit peu atténuée par la disparition du soleil, l’entracte a vu une bonne partie du public se ruer vers les (trop rares) buvettes. Puis, Hisaishi a fait son retour sous les acclamations du public pour entamer le morceau de choix de la soirée : la suite Miyazaki. Comme vous pourrez le constater dans la set-list ci-dessous, chacun des films du réalisateur a été abordé chronologiquement (même si très brièvement pour Le Vent se lève). On notera, divine surprise, l’ajout du seul film d’Isao Takahata mis en musique par Hisaishi : le magnifique Conte de la princesse Kaguya (2013).

Donnant la vedette alternativement aux familles d’instruments, le Hisaishi chef d’orchestre était plein d’une fougue et d’une énergie qu’il a communiqués à ses musiciens et au public. Comme il en a coutume, il a rejoint à plusieurs reprises son piano pour interpréter les morceaux les plus emblématiques de son répertoire, avec une aisance tout à fait sidérante.

L’inévitable Mon voisin Totoro (1988) a clôturé en beauté cette soirée inoubliable dans une version symphonique de « Hey Let’s Go » donnant tour à tour la vedette aux cuivres et aux bois. En dépit de quelques saturations et parasitages sonores (c’est une arène romaine après tout), l’acoustique était plutôt satisfaisante et la présence de trois écrans de grande taille permettait à tout un chacun de voir les artistes d’une façon appréciable. À plusieurs reprises, l’émotion suscitée par la musique, amplifiée par le souvenir des films, faisait chavirer le public : un plaisir palpable qui, telle la « vague » qu’aiment faire déferler les spectateurs impatients et joueurs, s’abattait sur nous avec délice. Voir et écouter la musique de film célébrée de la sorte est une expérience tout à fait appréciable, il est regrettable que le compositeur soit si rare dans nos contrées. Au final, une célébration du pouvoir de la musique digne d’Ennio Morricone ou Lalo Schifrin.

Avec cette seule date française d’une tournée mondiale qui le voit visiter notamment l’Amérique du Nord, l’Allemagne, et le Japon, Joe Hisaishi récolte les fruits d’une popularité que rien ne semble pouvoir entamer. Délaissant ces derniers temps le cinéma pour la salle de concert, le compositeur se prépare à sortir un nouveau disque (une symphonie et un concerto pour harpe) sur le très respectable label Deutsch Grammophon. Il sera le prochain artiste « en résonance » à la Philharmonie de Paris en juin 2027. Inutile de préciser que c’est déjà complet.

La set-list :

Hommage à Nobuhiko Ōbayashi

La Mécano de la Générale
Le Petit Poucet
Sonatine
Brother
Hana-bi
Kid’s return

Entracte

Nausicaä de la vallée du vent
Le Château dans le ciel
Kiki la petite sorcière
Porco Rosso
Princesse Mononoke
Le Voyage de Chihiro
Le Château ambulant
Ponyo sur la falaise
Le Vent se lève
Le Conte de la princesse Kaguya
Le Garçon et le héron

Bis :
Mon voisin Totoro

* Connu uniquement des cinéphiles, House, le film culte de 1977, est le seul à avoir bénéficié d’une sortie en salles en France le 28 juin 2023 grâce à Potemkine Films.

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