Une exposition d’œuvres inédites de David Lynch en France ? Je fonce ! À moins de deux heures de train de Paris, la galerie Duchamp d’Yvetot (Seine-Maritime), centre d’art contemporain d’intérêt national, présente jusqu’au 21 septembre 2025 une sélection de lithographies et de gravures sur bois réalisées par le cinéaste entre 2007 et 2020. Je ne saurais trop vous recommander d’y faire un tour.
L’exposition de la Fondation Cartier en 2007 avait déjà montré à quel point le regretté cinéaste était un artiste protéiforme. Cet événement le confirme en offrant une plongée au cœur de son univers singulier, permettant au public de découvrir à travers un choix d’œuvres les thématiques récurrentes qui traversent et alimentent tant son cinéma que son œuvre plastique.

Sur 200 m², l’exposition s’articule principalement autour d’une sélection d’une cinquantaine de lithographies. L’accrochage, très linéaire, évoque un story-board, renforçant l’idée de perméabilité entre les médiums utilisés par Lynch. Elle offre au public l’opportunité de redécouvrir un artiste dont l’œuvre se situe à la croisée du cinéma, des arts graphiques et de la réflexion philosophique, révélant une vision singulière du monde contemporain.
Son travail de lithographie, entamé en 2007 à Paris à l’initiative de la galerie Idem et à la faveur de sa rencontre avec Patrice Forest, révèle une continuité thématique avec son œuvre cinématographique, en mettant en lumière des univers où rêve et réalité se confondent. On connaît la propension du cinéaste à explorer les tréfonds les plus sombres de l’âme humaine, tout en cultivant un humour absurde et surréaliste. Les œuvres présentées ici permettent de percevoir l’influence, chez le Lynch plasticien, de Marcel Duchamp et du mouvement surréaliste.
Je vous encourage vivement à suivre l’une des visites guidées proposées par la galerie, qui permettent, grâce à un commentaire éclairé, de mettre en perspective les œuvres et de tisser des correspondances, notamment avec Francis Bacon et Yves Tanguy. Chose rare, une des pierres utilisées par Lynch est même exposée au centre de la pièce principale (photo ci-dessous).

Pour compléter l’expérience et afin de constater l’évolution de sa pratique plastique, deux courts métrages du cinéaste alors débutant sont projetés (Six Men Getting Sick, 1967, et The Alphabet, 1968), complétés par un court film sur l’atelier Idem de Montparnasse où il est venu travailler chaque année pendant quinze ans (Idem Paris, 2012). Enfin, l’ambiance sonore de Julien Nicot plonge le visiteur dans l’univers de l’auteur de Blue Velvet et Twin Peaks.

« Il est préférable de ne pas trop savoir ce que signifient les choses ou comment elles pourraient être interprétées, sinon vous aurez trop peur de laisser les choses continuer à se produire. » Voici l’une des citations de Lynch qui accompagne son travail, et qui résume bien sa philosophie. Le feu, les insectes, la nuit, la solitude, les rêves, le corps déchiré, autant d’obsessions qui traversent aussi bien le travail plastique que le cinéma de l’artiste, sans oublier le versant musical, et dont la synthèse confère à son travail une grande homogénéité.

On sort de l’expo comme d’un cauchemar éveillé, avec une furieuse envie de se replonger au plus vite dans son travail. Dans ce but, signalons une autre exposition en cours à Prague jusqu’au 08 février 2026 : Up In Flames. Pour les plus fortunés, des lithographies de Lynch sont en vente sur le site d’Item éditions. Et enfin, pour un prix plus modeste, un livre explore son travail graphique. Et un des derniers numéros du journal Le Un est dédié au cinéaste plasticien, L’Amérique de David Lynch, avec notamment un texte de Thierry Jousse.
Crédit photos : Salim Santa Lucia
Merci pour cet article! Très bien documenté, et qui donne envie de découvrir cet aspect du travail de Lynch, dont j’ai déjà vu une expo il y a très longtemps dans une galerie parisienne qui exposait son travail pour la première fois. Incroyable qu’il ait bossé avec cet atelier parisien. Quelle fidélité!
Tres bon article qui donne une vision globale de l’etendu artistique de Lynch. Et qui donne, pour sur, envie de visiter cette expo.
Merci !!