En dehors du mot chien dans leur titre, le film de Jane Campion datant de 2021 et le film chinois Black Dog dans les salles françaises depuis le 5 mars n’ont rien en commun. Si l’année vient à peine de commencer, on peut déjà parier que ce dernier figurera dans les listes des meilleurs films de 2025, en tout cas dans la mienne c’est certain.
Black Dog se situe en Chine en 2008, à la veille des Jeux olympiques de Pékin. Le film raconte l’histoire de Lang, un ancien cascadeur motocycliste qui, après sa libération de prison, retourne dans sa ville natale en périphérie du désert de Gobi. Il y découvre une communauté en déclin, peuplée de chiens errants, et se lie d’amitié avec un chien noir, symbole de son propre parcours de rédemption.
Ce qui frappe d’emblée dans le film de Guan Hu, c’est la beauté plastique des images 35 mm en Scope, la construction de chaque plan ayant visiblement été longuement réfléchie, sans toutefois tomber dans le piège d’une esthétique stérile. L’image est au service du récit, lequel ne s’appuie pas sur les moteurs narratifs habituels, trop souvent hérités du théâtre chez beaucoup de cinéastes.
La rareté des dialogues rend précieux ce Black Dog et son héros mutique, permettant ainsi d’explorer d’autres façons de raconter une histoire. Selon le réalisateur : « Pour moi, Lang n’a rien à dire. Il n’a donc pas besoin de parler. Il est comme un bébé abandonné, mis de côté par l’époque dans laquelle il vit. En réalité, il cherche un moyen de communiquer. Il a sans doute beaucoup à dire, mais pas au moment où se déroule le film. »
De même pour la musique, employée ici avec une parcimonie tout à fait précieuse, qui laisse les bruits naturels prendre toute leur place. Et quand deux morceaux emblématiques de Pink Floyd surgissent, c’est avec une résonance d’autant plus forte.
En cultivant le mystère autour de son personnage principal, Black Dog nous plonge dans une opacité proche du réel. Chacun a ses raisons et les trajectoires se croisent d’une façon banale ou étonnante, débouchant au final sur un récit bien plus réaliste que dans beaucoup de fictions.
Quelle est la place de l’individu dans une société en plein bouleversement ? Comment survivent les habitants de villes reculées et oubliées par la croissance économique ? Le film répond à ces questions sans faire d’affirmation, tout juste en mettant l’accent sur le dénuement et la solitude. Et entre ses ruines, ses paysages désertiques et ses innombrables chiens errants, il dresse la cartographie d’une fin du monde avec laquelle il faut composer. L’image d’une salle de spectacle délabrée dont le toit troué laisse passer le soleil restera longtemps gravée dans notre esprit, symbole d’une humanité réduite à la survie, quand toute idée de divertissement devient futile.
Notons que le film a remporté le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024. Voici ci-dessous sa magnifique affiche originale. Ne le ratez pas au cinéma, dans la plus grande salle possible, vous ne le regretterez pas.
