{"id":2046,"date":"2026-06-21T19:51:21","date_gmt":"2026-06-21T17:51:21","guid":{"rendered":"https:\/\/lightofmylife.fr\/?p=2046"},"modified":"2026-06-21T19:51:26","modified_gmt":"2026-06-21T17:51:26","slug":"steven-est-un-homme-a-qui-on-ne-peut-pas-dire-non","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/2026\/06\/21\/steven-est-un-homme-a-qui-on-ne-peut-pas-dire-non\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Steven est un homme \u00e0 qui on ne peut pas dire non\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attendue avec f\u00e9brilit\u00e9 depuis des mois, la 30e collaboration Williams\/Spielberg a fini par envahir nos \u00e9crans et nos plateformes de streaming en ce mois de juin 2026 (faute d&rsquo;<a href=\"https:\/\/waxworkrecords.com\/products\/disclosure-day?variant=53853655597420\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00e9ditions physiques<\/a> promises pour le mois de juillet). Un film, <em>Disclosure Day, <\/em>inesp\u00e9r\u00e9 pour beaucoup, qui ajoute un nouveau chapitre \u00e0 une collaboration exceptionnelle de cinquante-deux ans, laquelle aura vu les deux artistes cr\u00e9er un langage audiovisuel unique dans l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma. Au moins, sur ce point-l\u00e0, je sais que personne n&rsquo;y trouvera \u00e0 redire, cette affirmation \u00e9tant globalement admise (j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion dans mon <a href=\"https:\/\/www.thirdeditions.com\/products\/l-oeuvre-de-john-williams-le-chef-d-orchestre-des-emotions\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">ouvrage sur John Williams<\/a> d&rsquo;y revenir en d\u00e9tail). Le reste, on le verra, est davantage sujet \u00e0 caution. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c2g\u00e9 de 94 ans, Williams consid\u00e9rait <em>The Fabelmans<\/em> (2022) comme leur chant du cygne, d&rsquo;apr\u00e8s ce que rapporte Jon Burlingame dans un <a href=\"https:\/\/variety.com\/2026\/artisans\/news\/disclosure-day-john-williams-steven-spielberg-1236779833\/?utm_id=97757_v0_s00_e0_tv2_a1demonldwr1yq\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">article r\u00e9cent<\/a>. Mais c&rsquo;\u00e9tait sans compter avec le pouvoir de persuasion de Spielberg qui a r\u00e9ussi \u00e0 le convaincre de revenir au cin\u00e9ma. Williams lui avait pourtant souffl\u00e9 le nom de quatre confr\u00e8res pr\u00eats \u00e0 lui pr\u00eater leurs services. Selon des sources concordantes, le r\u00e9alisateur avait tellement envie d&rsquo;avoir le nom de Williams au g\u00e9n\u00e9rique de son nouvel opus de SF qu&rsquo;il a tout fait pour rendre la chose possible. Sachant Williams entrav\u00e9 par des probl\u00e8mes de sant\u00e9 (il appara\u00eet maintenant en public en fauteuil roulant), sept sessions d&rsquo;enregistrement ont \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9es sur une p\u00e9riode de six mois. Une dur\u00e9e exceptionnelle, quand on sait que les compositeurs hollywoodiens n&rsquo;ont au mieux que quelques semaines pour composer, enregistrer et rendre leur copie. L&rsquo;enregistrement a commenc\u00e9 chez Sony, au r\u00e9cemment rebaptis\u00e9 John Williams Music Building, le 11 septembre 2025, avec un orchestre de 96 musiciens, dont notre ch\u00e8re violoncelliste C\u00e9cilia Tsan (avec qui j&rsquo;avais r\u00e9alis\u00e9 un <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Q9nNZLCavU8\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">entretien ici<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l&rsquo;orchestre \u00e9tait assez traditionnel, on remarque l&rsquo;ajout d&rsquo;un synth\u00e9tiseur, l&#8217;emploi de quatre bassons et de deux harpes au lieu d&rsquo;une. Burlingame rapporte que Williams a fait l&rsquo;orchestration lui-m\u00eame et qu&rsquo;il a quasiment tout dirig\u00e9 seul avec une \u00e9nergie \u00e9tonnante. La derni\u00e8re session a eu lieu le 20 f\u00e9vrier 2026. Selon un musicien : <em>\u00ab John \u00e9tait d&rsquo;une humeur extraordinaire, toujours si bienveillant et humble. Il \u00e9tait remarquablement conscient des d\u00e9fauts et nuances rythmiques, et parfois un peu obs\u00e9d\u00e9 par ces d\u00e9tails. Spielberg \u00e9tait ravi de tout. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9alisateur s&rsquo;est impliqu\u00e9 activement tout au long du processus, selon les sources. <em>\u00ab Il apportait beaucoup d&rsquo;id\u00e9es \u00bb, <\/em>raconte un autre musicien. <em>\u00ab C&rsquo;\u00e9tait vraiment sp\u00e9cial \u00e0 observer. Il y a eu un moment o\u00f9 il a fait une suggestion musicale et ils ont essay\u00e9 quelque chose de l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent. Finalement, ils ont conserv\u00e9 cette proposition. C&rsquo;\u00e9tait comme un condens\u00e9 de leur relation, de la connaissance mutuelle qu&rsquo;ils ont, et de la compr\u00e9hension r\u00e9ciproque de leurs arts respectifs. C&rsquo;\u00e9tait presque magique. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La session du 19 d\u00e9cembre a fait appel \u00e0 un ch\u0153ur f\u00e9minin de 30 voix, enregistr\u00e9 en m\u00eame temps que l&rsquo;orchestre, une pratique peu courante \u00e0 Hollywood. De m\u00eame que le film n&rsquo;\u00e9tait pas projet\u00e9 sur un \u00e9cran derri\u00e8re les musiciens, afin de garder le secret sur des images encore confidentielles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au final, Williams a enregistr\u00e9 deux heures et vingt minutes de musique, pour un film qui en contient quatre-vingt-deux minutes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, qu&rsquo;est-ce que \u00e7a donne ce <em>Disclosure Day<\/em> tant attendu ? D\u00e9\u00e7u par la premi\u00e8re vision, j&rsquo;ai eu envie d&rsquo;y retourner avec un peu plus de recul, mais ce second visionnage n&rsquo;a fait qu&rsquo;ent\u00e9riner ma d\u00e9ception face au film. Intrigue d\u00e9cousue, personnages inint\u00e9ressants, longs tunnels de dialogues, des sc\u00e8nes d&rsquo;action certes film\u00e9es avec maestria mais manquant de v\u00e9ritable enjeu, le film tombe compl\u00e8tement \u00e0 plat et s&rsquo;av\u00e8re terriblement frustrant. Surtout quand on conna\u00eet l&rsquo;app\u00e9tence du r\u00e9alisateur pour un sujet maintes fois trait\u00e9 par le pass\u00e9 et avec bien plus d&rsquo;inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reste la musique qui, et c&rsquo;est un comble pour un des plus grands duos de la musique de film, ne reste pas \u00e0 l&rsquo;esprit quand on sort de la salle. Pas de grand th\u00e8me h\u00e9ro\u00efque (\u00e7a c&rsquo;est plut\u00f4t normal, le sujet ne l&rsquo;exige pas), mais pas non plus de m\u00e9lodie accrocheuse, certainement un choix conscient du duo, mais l\u00e0 aussi tr\u00e8s frustrant. Il faut \u00e9couter la BO plusieurs fois pour commencer \u00e0 en d\u00e9couvrir les secrets. Globalement en demi-teinte, adoptant une approche presque cr\u00e9pusculaire, le score accompagne le film de loin, comme s&rsquo;il ne voulait pas lui faire d&rsquo;ombre, une musique presque indirecte. \u00ab\u00a0Listen\u00a0\u00bb, le th\u00e8me principal, est du pur Williams et \u00e9voque de nombreux scores aux th\u00e8mes vibrants et m\u00e9lancoliques <em>(Il faut sauver le soldat Ryan<\/em> en 1998 par exemple pour son utilisation des cuivres). Le passage des cordes du mode majeur au mode mineur, puis retour en majeur est tout \u00e0 fait saisissant, et d\u00e9note un compositeur en pleine possession de ses moyens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La BO se poursuit avec un \u00ab\u00a0Memory\u00a0\u00bb tout en douceur, qui voit le piano se glisser contre les cordes et les vents avec une retenue \u00e9mouvante. \u00ab\u00a0Dive\u00a0\u00bb montre le visage \u00e9lectronique de Williams, avec des sonorit\u00e9s synth\u00e9tiques utilis\u00e9es avec parcimonie et qui se fondent dans l&rsquo;orchestre avec une grande efficacit\u00e9, comme il a pu le faire par le pass\u00e9, notamment dans <em>JFK<\/em> (1991). Plus grande piste d&rsquo;action du score, \u00ab\u00a0Chase\u00a0\u00bb montre un compositeur labourant \u00e0 nouveau des terres tr\u00e8s famili\u00e8res, mais retrouvant une agilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 lui, m\u00e9lange de tonal et d&rsquo;atonal, avec un go\u00fbt toujours tr\u00e8s s\u00fbr, tout cela en \u00e0 peine plus de deux minutes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;autres morceaux revendiquent presque leur r\u00f4le de g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;ambiance, \u00e9nergique ou l\u00e9thargique, et restent purement utilitaires dans la narration <em>(<\/em>\u00ab\u00a0In vivo\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Negotiation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Unseen, Signs\u00a0\u00bb<em>&#8230;)<\/em>. Avec \u00ab\u00a0Empathy\u00a0\u00bb, et surtout \u00ab\u00a0Celestial\u00a0\u00bb, c&rsquo;est le g\u00e9nie de la m\u00e9lodie que l&rsquo;on retrouve, deux morceaux magnifiques et poignants qui montrent un Williams lyrique et romantique \u00e0 souhait. On retrouve dans ce dernier sa veine chorale maintes fois utilis\u00e9e, notamment dans <em>AI, Artificial Intelligence<\/em> (2001), servant ici \u00e0 illustrer le caract\u00e8re magique des aliens qui prennent la forme d&rsquo;animaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Caught\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;approche de sa troisi\u00e8me minute, lorgne clairement vers le c\u00f4t\u00e9 atonal de <em>Rencontres du troisi\u00e8me type<\/em> (1977). Avant de revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture enlev\u00e9e et pleine de fougue \u00e0 laquelle le compositeur nous a habitu\u00e9s. Et de conclure avec deux derniers morceaux qui scellent avec subtilit\u00e9 le coffre d&rsquo;une BO tout \u00e0 fait \u00e9tonnante, compos\u00e9e par un jeune homme sous le joug d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9reuse inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le note Jon Burlingame, du g\u00e2teau et du champagne ont \u00e9t\u00e9 servis \u00e0 la fin de la derni\u00e8re s\u00e9ance derri\u00e8re la console de l&rsquo;ing\u00e9nieur Shawn Murphy. Spielberg a remarqu\u00e9 : <em>\u00ab C&rsquo;est notre 30e film ensemble, et on s&rsquo;aime toujours \u00bb, <\/em>et Williams a r\u00e9pondu par une phrase qu&rsquo;il a utilis\u00e9e avant : <em>\u00ab Steven est un homme \u00e0 qui on ne peut pas dire non. \u00bb<\/em> C&rsquo;est \u00e0 ce moment que Spielberg a annonc\u00e9 au petit groupe qu&rsquo;il avait une id\u00e9e pour son prochain film, <em>\u00ab et John a juste dit oui \u00bb. <\/em>Selon un associ\u00e9 de Williams : <em>\u00ab Tant qu&rsquo;il en aura la capacit\u00e9, il fera le film suivant. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S&rsquo;il y a une 31e collaboration un jour, tant mieux, mais profitons de ce cadeau que nous fait John Williams avec ce nouveau score \u00e0 la beaut\u00e9 somptueuse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Attendue avec f\u00e9brilit\u00e9 depuis des mois, la 30e collaboration Williams\/Spielberg a fini par envahir nos \u00e9crans et nos plateformes de streaming en ce mois de juin 2026 (faute d&rsquo;\u00e9ditions physiques promises pour le mois de juillet). Un film, Disclosure Day, inesp\u00e9r\u00e9 pour beaucoup, qui ajoute un nouveau chapitre \u00e0 une collaboration exceptionnelle de cinquante-deux ans,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2073,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[36],"tags":[41,64],"class_list":["post-2046","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique-de-film","tag-john-williams","tag-steven-spielberg"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2046"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2076,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2046\/revisions\/2076"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2073"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}