{"id":1468,"date":"2025-05-25T19:35:39","date_gmt":"2025-05-25T17:35:39","guid":{"rendered":"https:\/\/lightofmylife.fr\/?p=1468"},"modified":"2025-08-23T18:34:48","modified_gmt":"2025-08-23T16:34:48","slug":"le-flashback-comme-outil-dramaturgique-et-psychanalytique-a-la-frontiere-en-realite-et-invention","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lightofmylife.fr\/index.php\/2025\/05\/25\/le-flashback-comme-outil-dramaturgique-et-psychanalytique-a-la-frontiere-en-realite-et-invention\/","title":{"rendered":"Le flashback comme outil dramaturgique et psychanalytique\u202f: \u00e0 la fronti\u00e8re entre r\u00e9alit\u00e9 et\u00a0invention"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin d&rsquo;\u00eatre un simple outil narratif, le flashback peut aussi semer le doute, transformer la r\u00e9alit\u00e9 ou cr\u00e9er une l\u00e9gende. C&rsquo;est ce que nous expose \u00c9douard de Teyssi\u00e8re* dans cet essai in\u00e9dit et passionnant que je publie avec grand plaisir sur Lightofmylife. Il s&rsquo;appuie pour sa d\u00e9monstration sur deux grands films \u00e0 voir ou revoir de toute urgence : <em>Le D\u00e9mon des femmes<\/em> de Robert Aldrich avec Kim Novak et Peter Finch, et <em>Soudain l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier,<\/em> de Joseph L. Mankiewicz d&rsquo;apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Tennessee Williams, avec Elizabeth Taylor et Montgomery Clift. Bonne lecture !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0Le cin\u00e9ma, art du temps et de la m\u00e9moire, trouve dans le motif du flashback un outil privil\u00e9gi\u00e9 pour explorer les m\u00e9andres du pass\u00e9, les zones d\u2019ombre de l\u2019identit\u00e9 et les m\u00e9canismes de la l\u00e9gende. <em>Le D\u00e9mon des femmes (<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/The_Legend_of_Lylah_Clare\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">The Legend of Lylah Clare<\/a><\/em> de Robert Aldrich, 1968) et <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier (<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Suddenly,_Last_Summer_(film)\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Suddenly Last Summer<\/a><\/em> de Joseph L. Mankiewicz, 1959) illustrent \u00e0 merveille la puissance de ce proc\u00e9d\u00e9 narratif. Dans ces deux films, la figure centrale \u2013 Lylah Clare ou Sebastian Venable \u2013 est absente, d\u00e9j\u00e0 morte lorsque s\u2019ouvre le r\u00e9cit. Pourtant, leur pr\u00e9sence spectrale irrigue chaque plan, chaque dialogue, chaque souvenir. Les flashbacks, loin de simplement reconstituer les faits, deviennent alors des miroirs d\u00e9formants o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8lent incertitude, subjectivit\u00e9 et projection. Ils interrogent la nature m\u00eame du souvenir et du r\u00e9cit, et transforment la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 en une errance labyrinthique, o\u00f9 r\u00e9alit\u00e9 et invention se confondent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019absence comme moteur narratif et dramatique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Le D\u00e9mon des femmes<\/em>, la star \u00e9ponyme n\u2019appara\u00eet jamais \u00e0 l\u2019\u00e9cran : elle est d\u00e9j\u00e0 morte, et c\u2019est Elsa Brickmann, jeune femme \u00e0 la troublante ressemblance, qui est choisie pour l\u2019incarner dans un biopic. Au fil du tournage, Elsa se laisse envahir, puis submerger, par la personnalit\u00e9 de Lylah, jusqu\u2019\u00e0 se dissoudre dans cette identit\u00e9 fantasm\u00e9e. L\u2019intrigue met ainsi en sc\u00e8ne la contamination du pr\u00e9sent par un pass\u00e9 inaccessible, la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res entre soi et l\u2019autre, entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. De fa\u00e7on parall\u00e8le, <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier <\/em>s\u2019ouvre sur l\u2019absence de Sebastian, mort dans des circonstances myst\u00e9rieuses l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent. Le film suit sa m\u00e8re, Mrs. Venable, et sa cousine Catherine, seule t\u00e9moin du drame. Sebastian n\u2019existe plus que dans les r\u00e9cits, les souvenirs, les allusions. Il devient une figure de l\u2019ombre, un objet de fascination et de terreur, dont la v\u00e9rit\u00e9 ne peut \u00e9merger qu\u2019\u00e0 travers la parole des autres. Dans les deux cas, l\u2019absence physique du personnage central n\u2019est pas un manque, mais un moteur dramatique. Elle cr\u00e9e un vide autour duquel s\u2019organise la narration, un espace que les autres personnages \u2013 et le spectateur \u2013 s\u2019efforcent de combler par l\u2019imaginaire, la m\u00e9moire, le fantasme. Ce vide devient le lieu de toutes les projections et de toutes les interpr\u00e9tations.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/the-legend-of-lylah-clare.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1473\" srcset=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/the-legend-of-lylah-clare.jpg 1024w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/the-legend-of-lylah-clare-300x169.jpg 300w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/the-legend-of-lylah-clare-768x432.jpg 768w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/the-legend-of-lylah-clare-850x478.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les flashbacks : entre reconstitution, mythe et subjectivit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les flashbacks, dans ces films, ne sont pas de simples retours en arri\u00e8re destin\u00e9s \u00e0 livrer des informations objectives sur le pass\u00e9. Ils sont au contraire profond\u00e9ment subjectifs, fragment\u00e9s, ambigus, et r\u00e9v\u00e8lent la difficult\u00e9, voire l\u2019impossibilit\u00e9, d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 unique. Dans <em>Le D\u00e9mon des femmes<\/em>, trois flashbacks stylis\u00e9s pr\u00e9sentent autant de versions contradictoires de la mort de la star : accident, crime passionnel, ou assassinat pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. Chacun de ces retours en arri\u00e8re est color\u00e9 par le point de vue, les d\u00e9sirs ou les manipulations du personnage qui le raconte. Les sc\u00e8nes, film\u00e9es en noir et blanc avec des encadrements rouges, brouillent la fronti\u00e8re entre souvenir et invention, entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. Elles r\u00e9v\u00e8lent moins la v\u00e9rit\u00e9 sur Lylah que les obsessions, les traumatismes et les strat\u00e9gies de ceux qui l\u2019entouraient. Lylah devient alors un mythe, une figure insaisissable, fa\u00e7onn\u00e9e par les r\u00e9cits crois\u00e9s et contradictoires de son entourage. Dans <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier,<\/em> les flashbacks sont le c\u0153ur m\u00eame du r\u00e9cit. Sous l\u2019effet d\u2019un \u00ab s\u00e9rum de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, Catherine livre peu \u00e0 peu des souvenirs morcel\u00e9s, hallucin\u00e9s, de la mort de Sebastian. Le montage, volontairement fragment\u00e9, les surimpressions d\u2019images, les faux raccords, plongent le spectateur dans un \u00e9tat d\u2019incertitude permanente. La m\u00e9moire de Catherine est instable, contamin\u00e9e par le traumatisme, la culpabilit\u00e9, la peur. Sebastian, absent du champ, devient une figure spectrale, une construction, symbole des non-dits et des tabous. Sa mort, brutale et m\u00e9taphorique \u2013 on ne la r\u00e9v\u00e8lera pas ici \u2013 condense les th\u00e8mes de la pr\u00e9dation, de la transgression, de la punition sociale. Mais ce r\u00e9cit, hallucin\u00e9, ne livre jamais une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive : il reste marqu\u00e9 par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, le doute, la projection. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"621\" src=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/suddenly-last-summer-slide-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1474\" srcset=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/suddenly-last-summer-slide-1.jpg 1000w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/suddenly-last-summer-slide-1-300x186.jpg 300w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/suddenly-last-summer-slide-1-768x477.jpg 768w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/suddenly-last-summer-slide-1-850x528.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du pass\u00e9 : incertitude, interpr\u00e9tation, projection<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe dans ces deux films, c\u2019est la mani\u00e8re dont les flashbacks fonctionnent comme des reflets de la vie elle-m\u00eame : incertitude, interpr\u00e9tation, projection. Le pass\u00e9, loin d\u2019\u00eatre un territoire stable et accessible, appara\u00eet comme un champ mouvant, travers\u00e9 de contradictions, de refoulements, de fantasmes. Dans <em>Le D\u00e9mon des femmes,<\/em> chaque version de la mort de Lylah en dit plus sur celui ou celle qui la raconte que sur la star elle-m\u00eame. Les flashbacks r\u00e9v\u00e8lent les d\u00e9sirs inavou\u00e9s, les traumatismes, les strat\u00e9gies de pouvoir des personnages. Lylah n\u2019est plus une personne, mais un \u00e9cran de projection, une surface sur laquelle se dessinent les obsessions collectives : beaut\u00e9, pouvoir, d\u00e9sir, scandale. Le film met ainsi en sc\u00e8ne la fabrication du mythe hollywoodien, la r\u00e9duction de l\u2019individu \u00e0 une image publique, \u00e0 une l\u00e9gende fa\u00e7onn\u00e9e par les autres. Dans <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier,<\/em> la m\u00e9moire de Catherine est le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une lutte int\u00e9rieure. Les souvenirs, fragment\u00e9s, alt\u00e9r\u00e9s par le choc, se m\u00ealent \u00e0 la peur, \u00e0 la honte, \u00e0 l\u2019angoisse. Le r\u00e9cit de la mort de Sebastian devient une sorte de cauchemar \u00e9veill\u00e9, o\u00f9 pass\u00e9 et pr\u00e9sent se confondent, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9robe sans cesse. Sebastian, invisible, incarne tout ce qui ne peut \u00eatre dit, tout ce qui doit rester cach\u00e9 : sexualit\u00e9, violence, marginalit\u00e9. Il est \u00e0 la fois victime et bourreau, fantasme et tabou.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"574\" src=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1_XDlAEPhlro76BSEYOfqhQg.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1475\" srcset=\"https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1_XDlAEPhlro76BSEYOfqhQg.png 1024w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1_XDlAEPhlro76BSEYOfqhQg-300x168.png 300w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1_XDlAEPhlro76BSEYOfqhQg-768x431.png 768w, https:\/\/lightofmylife.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1_XDlAEPhlro76BSEYOfqhQg-850x476.png 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La construction du mythe : figures spectrales et fantasmes collectifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019absence de Lylah et de Sebastian, loin de les effacer, les \u00e9l\u00e8ve au rang de figures mythiques. Ils deviennent des symboles, des arch\u00e9types, des objets de fascination collective. Leur humanit\u00e9 s\u2019efface au profit de leur statut d\u2019ic\u00f4nes, de l\u00e9gendes, de projections des d\u00e9sirs et des peurs de leur entourage. Dans <em>Le D\u00e9mon des femmes,<\/em> la star disparue se recompose \u00e0 travers les r\u00e9cits, les souvenirs, les fantasmes de ceux qui l\u2019ont connue. Mais chaque version est biais\u00e9e, partielle, int\u00e9ress\u00e9e. Lylah devient une chim\u00e8re, une construction collective, un mythe hollywoodien. Elsa, qui tente de l\u2019incarner, finit par se perdre elle-m\u00eame, absorb\u00e9e par cette identit\u00e9 fantasm\u00e9e, d\u00e9montrant la puissance destructrice du mythe. Dans <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, <\/em>Sebastian, invisible, incarne tout ce qui d\u00e9range, tout ce qui doit \u00eatre tu. Sa mort atroce, racont\u00e9e comme une hallucination, fait de lui le symbole des tabous et des non-dits. Il est \u00e0 la fois le centre du r\u00e9cit et un pur produit de la m\u00e9moire traumatique de Catherine, de la volont\u00e9 de contr\u00f4le de sa m\u00e8re, et du regard de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le flashback comme reflet de l\u2019incertitude existentielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de leur fonction narrative, les flashbacks de ces deux films deviennent de v\u00e9ritables reflets de la condition humaine : tout y est incertitude, interpr\u00e9tation, projection. Ils mettent en sc\u00e8ne la difficult\u00e9 de saisir la v\u00e9rit\u00e9, la fragilit\u00e9 de la m\u00e9moire, la puissance des fantasmes. Le pass\u00e9, loin d\u2019\u00eatre un socle, est un terrain mouvant, un labyrinthe o\u00f9 chaque r\u00e9cit ouvre sur de nouvelles \u00e9nigmes. Ces retours en arri\u00e8re, souvent stylis\u00e9s, parfois surr\u00e9alistes, donnent aux films une dimension onirique, troublante, o\u00f9 la fronti\u00e8re entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9, entre souvenir et invention, est sans cesse brouill\u00e9e. Ils invitent le spectateur \u00e0 s\u2019interroger sur la nature du r\u00e9cit, sur la fabrication du mythe, sur la fragilit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le D\u00e9mon des femmes<\/em> et <em>Soudain l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier<\/em> s&rsquo;inscrivent par ailleurs dans une tradition plus vaste du cin\u00e9ma du flashback. Il est pertinent de rappeler que ce proc\u00e9d\u00e9 ne se limite pas \u00e0 ces deux \u0153uvres, mais irrigue de nombreux films qui interrogent la m\u00e9moire, la subjectivit\u00e9 et la construction du mythe. Parmi eux, <em>La Comtesse aux pieds nus<\/em> de Joseph L. Mankiewicz (1954) s\u2019impose comme un exemple majeur. Le film retrace la vie de Maria Vargas \u00e0 travers une succession de r\u00e9cits crois\u00e9s et de flashbacks, chacun porteur du regard, des d\u00e9sirs et des illusions de celui qui raconte.\u00a0Ce proc\u00e9d\u00e9 se retrouve aussi dans <em>\u00c8ve<\/em> <em>(All About Eve<\/em>) de Mankiewicz (1950), o\u00f9 le destin d\u2019Eve Harrington est reconstitu\u00e9 \u00e0 travers les souvenirs subjectifs de plusieurs protagonistes, ou encore dans des films plus contemporains comme<em> Memento<\/em> de Christopher Nolan (2000), o\u00f9 la structure m\u00eame du r\u00e9cit, enti\u00e8rement en flashbacks invers\u00e9s, place le spectateur dans un \u00e9tat d\u2019incertitude permanente quant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des faits. \u00c0 chaque fois, il s\u2019agit moins de reconstituer une v\u00e9rit\u00e9 que de montrer la complexit\u00e9 du souvenir, la fragilit\u00e9 de la m\u00e9moire, et la mani\u00e8re dont le pass\u00e9 se construit \u00e0 travers le prisme de l\u2019interpr\u00e9tation. Dans ces films, le flashback devient un outil dramaturgique et psychanalytique\u202f: il ne r\u00e9v\u00e8le pas seulement le pass\u00e9, il met en sc\u00e8ne l\u2019incertitude, la projection et la fabrique du mythe. \u00c0 travers ces r\u00e9cits fragment\u00e9s, le cin\u00e9ma nous rappelle que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est jamais donn\u00e9e, mais toujours \u00e0 reconstruire, entre m\u00e9moire, fantasme et invention.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">* J&rsquo;avais r\u00e9dig\u00e9 avec \u00c9douard de Teyssi\u00e8re en 2022 un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0A la recherche des films invisibles\u00a0\u00bb \u00e0 lire sur <a href=\"https:\/\/www.lebleudumiroir.fr\/recherche-films-invisibles\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le Bleu du miroir.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Loin d&rsquo;\u00eatre un simple outil narratif, le flashback peut aussi semer le doute, transformer la r\u00e9alit\u00e9 ou cr\u00e9er une l\u00e9gende. 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